« Purge » de l’USAID : la société civile slovaque touchée ?

Robert Fico rencontre Elon Musk à Washington, le 21 février 2025 pour discuter de l’USAID et des tarifs douaniers. Source : Facebook de Robert Fico

Le chiffre est vertigineux, les conséquences dévastatrices : les États-Unis ont annoncé, le 10 mars 2025, la suppression de 83 % des programmes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) impactant directement 120 millions de personnes dans plus de 100 pays. L’IRIS souligne que les répercussions seront à la fois multisectorielles (assistance humanitaire, gouvernance, éducation, santé) et internationales avec l’Afrique subsaharienne en première ligne. En Slovaquie, comme dans de nombreux pays d’Europe de l’Est où l’illibéralisme est monnaie courante, c’est la société civile qui est particulièrement vulnérable à la fin de l’USAID.

Le 10 février, Robert Fico s’adressait par l’intermédiaire d’une lettre Facebook à Elon Musk pour le féliciter du « démantèlement » de l’USAID, affirmant qu’ « il est incontestable que les ressources financières de l’USAID ont été utilisées en Slovaquie à des fins politiques, dans le but de fausser le système politique et de favoriser certains partis ». Onze jours plus tard, le 21 février, Fico s’est rendu à Washington pour une rencontre avec Musk afin de discuter des tarifs douaniers, mais surtout de l’USAID. Selon Robert Fico, l’USAID aurait fourni aux ONG et aux médias slovaques des « montants relativement importants de financement » et qui auraient ensuite mené des « activités antigouvernementales ». À ses propos alarmants s’ajoutent ceux de Matúš Šutaj Eštok, Ministre de l’intérieur, qui affirme que l’USAID n’est pas la seule agence étrangère finançant le « secteur non-gouvernemental libéral en Slovaquie » contribuant aux tentatives de déstabilisation de l’État slovaque.

Bien que l’ampleur des opérations/financements de l’USAID en Slovaquie soit moindre comparée à celle en Afrique subsaharienne, la suppression de 83 % de ses programmes, conjuguée à l’hostilité de Robert Fico, laisse présager des répercussions substantielles pour les bénéficiaires slovaques. L’agence américaine est présente sur le territoire slovaque depuis la Révolution de Velours de 1989 (très probablement) et en 2024 a soutenu 18 projets selon Štandard :

  • Initiative Inaknost (Festival LGBT) – $125 000
  • Centre d’investigation de Ján Kuciak (ICJK) – $127 000
  • Transparency International Slovaquie (TIS) – $78 000
  • Fondation Milan Šimečka – $42 566
  • Saplinq (organise des ateliers sur les spectacles de travestis pour les jeunes) – $35 000
  • Denník N (N Press) – $55 000
  • Rainbow Families, Rainbow Pride Bratislava, Via Iuris – $49 000

Il est certain que l’impact en Slovaquie ne sera pas comparable à celui en Ukraine, mais il convient de souligner que cela survient à un moment où la société civile slovaque se fragilise et peine à être reconnue. Je pense notamment à la ministre slovaque de la Culture qui refuse ouvertement de financer les ONG LGBTQ+ ainsi qu’au projet de loi sur les organisations non gouvernementales. En effet, en avril dernier, le Conseil national de la République slovaque a adopté le projet de loi visant à désigner d’ « organisations soutenues par l’étranger » toute organisation de la société civile qui reçoit plus de 5 000 euros de l’étranger au cours d’une année civile. Amnesty Slovakia souligne que le projet de loi présente de troublantes similitudes avec la loi hongroise de 2017, abrogée en 2021 suite à une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) la jugeant contraire au droit de l’Union européenne…

« Le droit des groupes à rechercher, recevoir et utiliser des ressources provenant de sources nationales, étrangères et internationales est un élément fondamental du droit d’association. Ce droit est protégé par divers traités auxquels la Slovaquie est partie, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention européenne des droits de l’homme. » – Amnesty Slovakia

Dans l’attente de données chiffrées précises sur l’impact de la réforme de l’USAID en Slovaquie, il est crucial de souligner le défi supplémentaire auquel la société civile slovaque est désormais confrontée. Ces financements, bien que modestes à l’échelle mondiale, revêtent une importance capitale dans le contexte slovaque. Leur diminution menace d’accentuer la dérive illibérale du pays.

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